Sunday, October 26, 2008

Ou est planque le butin ???? (1/3)

L'amerique et le monde sont en proie a une consultation frenetique et quotidienne de tous les medias possibles et imaginables pour suivre deux sujets haletants qui vont decider de l'avenir d'une bonne partie de l'humanite: la crise alimento-economico-financiere (ou vice-versa selon le point de vue) la plus grosse depuis 1929, et les elections americaines les plus passionnantes depuis 1789. Et sur votre blog prefere, on ne parle que des promenades dominicales d'une petite famille ordinaire et bobo, et du temps qu'il fait. Vous m'avez deja puni par un "commentaire-crunch" que je trouve pourtant immerite surtout au vu de la taille des exploits sportifs de Guima; je vais tacher de remedier a cela.

Il est vrai que, malgre le fait qu'on habite a New York, ville de Wall Street et des Nations Unies, dont le Bloomberg de maire est incidemment un enorme biznessman fondateur du plus gros media mondial d'information financiere; et a trois pas (americains) du FMI, de la Banque Mondiale et de la Federal Reserve, la crise financiere n'a ete touchee dans ces colonnes qu'en un modeste commentaire. C'est sans doute, comme d'ailleurs deja explique dans ledit commentaire, parce que cette crise vole trop haut pour moi qui n'ai malheureusement pas d'inspiration (ni d'aspirations) plus elevees que celle de journaliste sportif ou de presentateur meteo, il n'y a pas de sot metier. Au moins, ce sont des disciplines intuitives: tu cours le plus vite et donc c'est toi qui gagne; il y a moins de soleil et donc il fait plus froid. Mais alors, la finance.....

Pour vous donner une idee de mon "track record" dans cette discipline, il suffira sans doute de mentionner que je me suis lachement enfui au bout de deux seances des cours d'"introduction a l'economie" offerts par mon lycee en seconde, parce que je n'y comprenais deja rien. J'ai prefere faire du Grec Ancien a la place, c'est dire. Ou mieux, de rappeler que nous avons achete une maison a l'amorce d'une crise immobiliere sans precedent. Ce sera donc sans doute un post en forme de questions candides d'un sportif hippie immature, et en plusieurs episodes (car n'oublions pas que je ne dispose que d'une demi-heure de temps libre hebdomadaire, qu'il faudra encore caser Halloween avant le 31 Octobre et les elections avant le 4 Novembre, et que je viens deja de gacher pas mal de temps dans une introduction inutile du point de vue de l'information convoyee). Bref, allons-y.

Il y avait une fois, dans une lointaine democratie tres riche ou tout le monde vivait heureux, un marche immobilier florissant: les maisons ont double de prix entre 1996 et 2006, et se vendaient pourtant comme des petits pains. Une visite de residence a Westchester en 2006 ressemblait a une visite de studio ou deux pieces a Paris intra muros au mois de Septembre, aucune baraque ne restait sur le marche plus d'un mois et il etait frequent de voir des maisons se vendre plus cher que le prix originalement demande par le vendeur - la moindre bicoque partant au plus offrant dans une espece de vente aux encheres frenetique insensee et inimaginable aujourd'hui.

Dans ce contexte, et conscients que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (les GIs allaient bientot nous ramener Bin Laden par la peau des fesses et le petrole de la Mesopotamie pour encore un bon siecle de prosperite, le Global Warming rendrait nos hivers si doux et nos Etes Indiens si romantiques) les banques deciderent d'accorder des prets immobiliers au premier venu. Ca partait peut-etre d'une bonne intention (le droit a posseder un logement pour tous) mais ce fut mal implemente: pour compenser le "risque" de defaut de payement par les emprunteurs les moins solvables, ("risque" est ici entre guillements parce que de toutes facons il est standard, en cas de defaut de paiement, de saisir la maison et de la revendre sur un marche en pleine hausse, donc c'est tout benef oblige), les banques inventerent un type special de contrat ("subprime") avec plein de pages pleines de petites lettres mais dont la premiere page offrait, en Arial black bold 22pt, un taux d'interet allechant - mais in fine des payements mensuels indexes sur les taux directeurs et plus eleves que les contrats standards. En parallele, pour diminuer encore leur "risque", les banques inventerent un moyen astucieux de se faire rembourser ces prets risques de toutes facons: les revendre par paquets a d'autres institutions financieres a travers le monde. (Exemple: la banque W accorde 100 prets immobiliers "risques" de cent mille dollars a 5% d'interet par an sur 30 ans. Elle les vend pour 12 millions de dollars a la banque Z et fait donc un benefice instantane de 12 millions moins 100 fois cent mille = deux millions de dollars. La banque Z, quand a elle, recouvre maintenant les remboursements de ces prets risques, qui si tout va bien totaliseront environ deux fois la mise de depart (~20 millions), pour un benefice de huit millions de dollars - ce qui sur 30 ans est appreciable si les taux d'interets des prets sont superieurs a l'inflation). Notons que ces "paquets de prets" sont maintenant de juteuses valeurs financieres dont la valeur fluctue en fonction du marche immobilier, des taux directeurs sur lesquels sont indexes les prets , mais aussi de la capacite des emprunteurs a rembourser les prets - arretez-moi si j'ai tout compris de travers. Ces paquets de prets commencerent donc a se vendre et s'acheter de par le monde. En parallele, comme ce business genial des prets marchait du tonnerre, ca a fait beaucoup de prets d'un coup donc les banques Americaines n'avaient plus d'argent. Pour continuer a faire tourner la machine, elles commencerent a emprunter a d'autres banques au-dela des frontieres ce qui contribua egalement a mondialiser l'affaire.

Ce modele marcha sans probleme pendant plusieurs annees, et je pense qu'un certain nombre de gens se sont fait pas mal d'argent grace au marche immobilier jusqu'a 2006; et c'est sans doute pour cela que de grosses banques survivent pour racheter celles qui se sont fait avoir. Seulement, mi-2006, les maisons ont fini par atteindre un plafond decidement completement deraisonnable, et les prix commencerent a baisser par un phenomene d'auto-regulation qui me semble bien naturel a moi qui ai joue a la balancoire dans mon enfance, mais qui a du echapper aux genies malins de la finance. En parallele, et pour une raison qui m'echappe mais qui pourrait bien s'apparenter aussi aux lois de la balancoire, les taux d'interets -sur lesquels sont indexes les contrats "subprime"- grimpaient. Les emprunteurs les moins solvables (ceux qui avaient signe le pacte "subprime" avec le diable financier) virent leurs payements mensuels augmenter, et commencerent a se rendre compte qu'ils etaient en train de rembourser un emprunt beaucoup plus eleve que la valeur de leur maison ! Beaucoup deciderent donc de revendre leur bien avant qu'il ne soit trop tard; pour d'autres il etait deja trop tard et apres quelques mois dont les fins ne furent pas bouclees la maison fut saisie par la banque pour revente immediate. Tout ca fit beaucoup de maisons d'un coup sur le marche immobilier, ce qui entraina une baisse des prix, et c'est reparti pour un tour de manege infernal, dette plus elevee que la valeur de la maison, revente, defaut de paiement, baisse des prix, etc.

Du coup, les banques, qui misaient sur le fait que les prets seraient rembourses d'une maniere ou d'une autre (elles avaient pourtant pris toutes leurs precautions pour cela) se retrouverent bien embetees: 1) les emprunteurs ne remboursaient plus; 2) plus personne ne voulait de leurs produits financiers derives des credits immobiliers; 3) elles avaient beau saisir les maisons, elles n'arrivaient plus a les revendre, et cela ne suffisait pas non plus a rembourser les prets qu'elles avaient accordes. Ca fait beaucoup d'argent... imaginons que trois millions et demi de menages Americains (environ un centieme de la population) ne puissent plus rembourser des prets de deux cent mille dollars chacun; ca fait deja 700 milliards de dollars de defauts de paiement, soit le plan Paulson ! et cette estimation crue ne tient pas en compte la mondialisation et les produits financiers derives....

Bref, voila qui pose le decor. Ou plutot, le volet "immobilier/finance" du decor - je n'ai pas encore aborde le prix du petrole ni la guerre en Irak ni les biocarburants ni la dette Africaine. Sentez-vous libres de reagir indignes a mon manque de comprehension ou de clarte, cela flattera mon ego de pseudo hippie middle age; et restez en ligne pour le deuxieme episode: comment la crise financiere afecte notre paysage immediat d'upper-middle class New-Yorkaise.

Bien le bonjour a la lune - qui se fiche bien de tout cela,

Francois

3 comments:

Anonymous said...

J'ai un temps de retard : ce n'est pas faute d'avoir lu maintes fois le post précédent sur la course de Guima, mais je n'y ai pas été de mon commentaire personnel.
Parce que ce moment de bonheur à partager avec Guima était sans doute trop personnel.

Bravo à celui, ou celle, qui a mis en relation Pierre Perret et Pete Seeger.

Et bravo au plus jeune finaliste de Croton sur Hudson.

DV

Je n'ai pas lu encore le blog du jour, et garde mes imppressions pour plus tard.

Anonymous said...

A vrai dire, j'ai quelques commentaire sur le blog du jour, même s'il est parfaitement pédagogique, et apparemment globalement correct. Il a en particulier fallu que je relise trois fois pour bien comprendre que l'auteur ne situait pas les sièges du FMI et de la Banque Mondiale à NYC: il avait bien raison.
Sur l'immobilier à NYC : voir : http://www.nytimes.com/interactive/2008/10/28/business/20080624_HOUSING_GRAPHIC.html

Ca me parait nettement moins mauvais que Los Angles ou San Francisco (et meilleur que Paris).
Mais j'en resterai là ; comme l'auteur, je me réserve pour mon prochain commentaire.

DV

Tribulations said...

et la conclusion c est qu ici, au royaume uni, france n est meme plus associe avec baguette et fromage, mais kerviel et strauss kahn...